Je regarde un documentaire
à la télévision. Des paysages en images de synthèse
défilent, puis on entend le feulement d'un tigre, la menace se précise.
L'animal entre en scène gros plan d'abord sur les yeux , ici pas d'images
électroniques , de vrais yeux , brillants, cristallins, dans lesquels se
reflètent la peur projetée du carnage annoncé , puis les
dents de sabres, comme un éclair et c'est le rugissement remasterisé
; enfin, attaque fortissimo des violons , mouvement chaotique de la caméra
, vision subjective , les herbes hautes fendues par l'échine, un type en
costume bleu assis sur un tabouret professeur d'éthologie comparée
à l'université de Toronto se souvient d'une anecdote amusante survenue
pendant le tournage.
Retour sur le lieu du drame (drame : du grec drama qui
signifie : action). C'est le making-of, c'est-à-dire le tournage du tournage,
complément indispensable pour la promotion du film, qualifié de
" bonus " sur les pochettes des DVD. On va enfin savoir ce que bouffent
les acteurs.
Les techniciens rangent avec soin leur matériel, le réalisateur
vérifie dans le moniteur que tout est au point. Dans un coin près
des mandarines, parapluies et panneaux réflecteurs.. Parmi les gisants,
dont un rouleau de gaffeur en toile polythylne traîne une tête de
tigre en fourrure synthétique: l'acteur principal, Elle a tenu son rôle.
Une partition de dix secondes au cours de laquelle : " nous prenons plaisir
à contempler les images les plus exactes de choses dont la vue nous est
pénible dans la réalité, comme les formes d'animaux les plus
méprisés et des cadavres " (Aristote, Poétique). Fonction
de la catharsis. Une entrée de scène remarquable.
L'acteur qui
entre en scène est le personnage. Ce crédit lui est accordé
par le public parce que cela est écrit sur le programme. Cet état
oscille entre l'éternel et l'éphémère. A la fin de
la représentation on voit parfois, gisant, des acteurs dépouillés.